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25 novembre 2008

Mon accouchement zen (2)

La salle de travail du fond est libre. Elle est grande mais n’a pas de baignoire. On m’y emmène en fauteuil roulant. Une aide-soignante rattachée à la maison de naissance nous a rejoints. Elle restera avec nous jusqu’à la fin de l’accouchement.

Arrivés dans la salle, je m’assieds d’abord sur un tabouret avec la tête posée au pied du « lit de torture » qui trône au milieu de la salle d’accouchement. Rien à voir avec les grands lits deux places des chambres du quatrième étage qu’on ne peut malheureusement pas utiliser car les décrets pour l’ouverture des maisons de naissance ne sont toujours pas signés. L’aide soignante arrive avec le ballon d’accouchement qui remplace le tabouret. Claire me propose de faire des mouvements du bassin pour me soulager un peu. Mon homme est à côté de moi. Claire se penche vers moi et me dit doucement « vououououououououou ». Je l’imite en soufflant. Cela me permet soudain d’arrêter de vouloir contenir la douleur. Le souffle me permet de l’accompagner et de trouver les moyens de me relaxer. Il y a un peu de temps entre chaque contraction. Je souffle en faisant doucement « vouou » lors des contractions et je sens le sommeil qui me gagne entre elles. Je me sens prête à sombrer dans de profonds rêves, comme enveloppée par l’endormissement, mais pas le temps de m’endormir car une contraction revient déjà. J’espère que quand la contraction sera finie, j’arriverai cette fois à tomber instantanément dans le sommeil car mes paupières sont lourdes et l’idée d’un somme qui me ferait oublier quelques temps les contractions me semble séduisante.

Soudain je me sens mal et je vomis. Les contractions puissantes ont secoué jusqu’à mon estomac. Mon homme pense soudain à sortir le brumisateur du sac, et là, quel bonheur de sentir les petites gouttes fraîches sur mon visage. Cet instant restera longtemps dans ma mémoire comme un instant de bien-être immense.

Claire s’éclipse un moment pour aller voir si elle peut obtenir une salle avec baignoire, ou au moins une avec douche pour que je puisse me relaxer dans de l’eau chaude.

Pendant ce temps, je me sens assez mal. La phase durant laquelle le sommeil me gagnait est passée, et je ne me sens bien dans aucune position. Les contractions sont très fortes. J’essaie de m’asseoir sur la table d’accouchement, puis de m’allonger sur le côté. Je me remets finalement assise. Je me sens un peu maladroite avec mon corps que je ne sais pas soulager un peu.

Sur le mur, juste en face de moi, il y a une grosse pendule. Je décide de ne surtout pas la regarder, de ne surtout pas savoir depuis combien de temps je suis là pour ne surtout pas me rendre compte si cela fait longtemps que ça a commencé. Je ne veux pas découvrir que cela fait  cinq ou six heures que je suis là et qu’il va falloir que je vive encore le double ou le triple de ce que je viens de vivre. Je décide de me déconnecter, de vivre l’instant, de rester dans une sorte d’éternel présent pour ne surtout pas avoir l’impression de la stagnation ou du désespoir.

Je continue à accompagner les contractions avec le souffle. Mon mari est à côté de moi. Il me tient par le cou, par la main, par les épaules, joue du brumisateur.

Je vomis une nouvelle fois, et cela me soulage de nouveau un peu. Claire est revenue. On va pouvoir aller dans la chambre avec baignoire. Cette salle était occupée par une dame qui était là depuis 24 heures. Quand Claire est arrivée pour aider à son transfert, cette pauvre femme a découvert qu’elle aurait eu le droit d’utiliser la baignoire ou de se doucher. Personne ne le lui avait dit. Cela faisait 24 heures qu’elle n’avait pas osé bouger de la table de travail. Un grand bravo aux équipes médicales « classiques » !!!

En attendant, j’ai perdu les eaux, et cela me donne le sentiment optimiste que les choses évoluent doucement.

Je remonte sur mon petit fauteuil roulant, ce qui nous permet de faire le transfert en roulant vite, juste entre deux contractions.

On arrive dans la salle à baignoire. L’aide soignante fait couler un bain. Claire et mon homme m’aident à me déshabiller. En attendant que le bain soit coulé, Claire m’emmène m’asseoir sur les toilettes dans la salle de bain. Comme l’hôpital n’est pas encore équipé de sièges d’accouchement, ce sont les toilettes avec l’abattant relevé qui jouent le rôle d’ersatz. Les contractions sont rapprochées et puissantes, mes « vouououou » sont de plus en plus forts.

Je m’assieds enfin dans la baignoire ce qui m’apporte une léger mieux, un petit mieux-être passager. Je me sens mal à l’aise assise. Claire me propose de me mettre à genoux. Je m’accroche au cou de mon homme pendant que Claire me fait un peu de monitoring, histoire de mettre quelques enregistrements dans mon dossier pour ne pas faire trop de vagues. Au bout d’un moment, Claire me demande si la contraction que je viens d’avoir était particulière. Elle a dû le voir à mon visage ou à mon « vouou » plus fort ? En effet, j’ai senti que ça appuyait et tirait plus fort à l’intérieur. Je pense soudain à faire attention de bien rester décontractée pour vraiment relâcher mon périnée. Je me rends compte qu’au fur et à mesure des contractions, j’ai tendance à me crisper un peu. Brève remontée vers mon cerveau et hop, je replonge dans le « vououououou » qui ressemble maintenant plus à un énorme grognement d’ours. Je n’ai plus de pause entre les contractions. Je me remets un peu assise avec les jambes tendues, et là, misère !!, je me mets à faire de la tétanie dans les jambes. Je me rends compte que j’ai oublié de dire à Claire que ça m’arrivait parfois, et pourtant, elle m’en a posé des questions lors de nos entretiens !! Heureusement, il y a des amis qui sont arrivés dans la salle d’attente peu après que nous soyons arrivés à l’hôpital (cette première naissance dans le cercle d’amis de mon mari a attiré les foules). On envoie donc H. chercher un tube d’homéopathie à la pharmacie du coin. Pour ramener le tube, il descend par l’ascenceur qui arrive juste à côté de ma chambre. Il restera perturbé par le grognement terrible qu’il entend alors et me demandera à plusieurs reprise si j’ai entendu ce bruit impressionnant pendant que j’accouchais. « Mais H., je crois bien que c’est moi que tu as entendue. Ca faisait « VOUOUOUOUOUOUOUOUOUOURRRRRRGHGHGHGHGHGHGH ? Oui ? Alors c’est vraisemblablement mon grognement que tu as entendu, si si ! Mais rassure-toi, c’est beaucoup plus impressionnant de l’extérieur. »

Je suis toujours dans le bain avec mon ventre et mes jambes crispées non-stop. Je ne ressens plus d’intérêt à être dans cette baignoire. Claire me propose de retourner sur les toilettes pour aider le bébé à descendre. A ce moment, l’idée du bébé est le cadet de mes soucis. Je le sens qui appuie à l’intérieur de moi, mais il reste une idée. Claire m’a proposé de toucher la tête du bébé, mais la tétanie dans les jambes occupait trop de mes forces, et je ne me suis pas sentie l’énergie de le faire. Claire me laisse le temps de trouver la force en moi de sortir de la baignoire avec mes jambes toutes raides. Le fait de marcher fait enfin passer mes crampes.

Sur les toilettes, je tiens la main mon mari et celle de Claire. A chaque contraction qui monte, je sens que cela tire un peu plus à l’intérieur. Claire se rend compte instantanément quand une contraction m’a créé une sensation plus forte ou différente, j’ai l’impression qu’elle lit en moi.

Mon mari et elle m’encouragent gentiment. La tête du bébé appuie et tire à l’intérieur. Je suis une contraction géante !! Je me sens mal et me laisse bercer par ce mal-être, dans ma bulle. Je remonte à la surface juste le temps de penser au « lâcher-prise » dont Claire m’a si souvent parlé. Et hop, je recoule dans ma bulle de lâcher-prise. Je ne suis plus que sensations. Ces sensations finiront par s’arrêter, je le sais.

La tête du bébé commence à bien descendre. Claire propose d’aller sur la table pour essayer de changer un peu. Je m’y met d’abord à quatre pattes, puis je m’accroche au cou de mon mari et me trouve ainsi à genoux. La tête du bébé est tout prêt. Claire la montre à mon mari. Je me raccroche à son cou et il m’encourage en me disant que le bébé n’est plus très loin, qu’il l’a vu. Pendant ce temps là, Claire me masse le périnée avec de l’huile. Elle me demande soudain de souffler tout doucement, par petits à-coups. Je le fais, et je sens que cela ralentit la pression que les contractions exercent sur le bébé. Claire continue à me masser, et soudain, tout s’arrête, le calme est revenu. La tête passe, et je sens le corps du bébé qui glisse, comme un petit poulpe. Le bébé se retrouve posé entre mes genoux, tout calme, les yeux grand ouverts.

« Mon bébé ! »

Claire m’aide à m’allonger et à poser mon bébé sur moi. On dirait un bébé de deux jours dit l’aide-soignante. Rose est là. Elle cherche le sein. Claire est là pour m’aider. Il est 19 heures.

Mon mari prévient la planète entière par sms.

Moi je profite de la tétée pour observer Rose. Elle a son nez tout écrasé vers la gauche. Claire nous explique que c’est parce qu’elle a tourné sa tête au moment de descendre. C’est ce qui a ralenti l’accouchement d’ailleurs. Cela lui donne un air de petit lutin (gnome-gnome sera son premier petit surnom).

Rose tête maintenant mon sein gauche. Mon impression de maladresse est passée maintenant que Rose n’est plus toute glissante (Claire nous a enveloppées dans des serviettes).

Claire me palpe le ventre pour la sortie du placenta. Je grimasse, alors elle me dit de résister quand elle va toucher mon ventre. Et hop, le placenta sort, sans aucune douleur.

On le regarde avec intérêt. Claire fait faire les deux trois tests obligatoires à Rose sur le lit, juste à côté de mon ventre. Puis je la reprends sur moi. Mon mari est à côté de nous. C’est notre premier gros câlin familial.

Claire est partie se changer et s’occuper des papiers. Je chantonne pour Rose, je lui dis des mots de bienvenue.

Plus tard, Claire revient. L’aide-soignante m’aide à prendre une douche pendant que mon mari berce puis habille sa petite fille.

Je me rhabille dans ma super tenue et reprend ma petite contre moi. Une chambre est prête. Nous croisons les amis au détour d’un couloir (il est 21 heures passées, les visites sont interdites !).

Rose est dans mes bras, comme elle l’est d’ailleurs à cet instant, 16 mois après (en train de dormir pendant que j’écris).

Posté par didineadoree à 15:06 - Accouchement naturel - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Bravo !

Quand je pense que je ne savais même pas qu'un bébé était en route .... bravo et bienvenue à Rose.

Posté par jolb56, 01 décembre 2008 à 21:24

??????

Je n'y comprends plus rien.... Rose a quel âge ? elle vient de naître ou alors tu racontes comment ça s'est passé il y a ..... ans .

Posté par jolb56, 01 décembre 2008 à 21:27

Je raconte ce qui c'est passé en juillet 2007 ! C'est la fin de mon message qui n'est pas très claire. Je vais changer la dernière phrase !!
En fait Rose était en train de dormir dans mes bras quand j'ai écrit, mais ça fait bien 16 mois et quelques qu'elle est née.
Et j'attends avec impatience d'être de nouveau enceinte ...

Posté par Didineadoree, 02 décembre 2008 à 15:27

Ben alors ......

Plus rien,plus de post sur ton blog ..... tu vas bien ? pas de problème grave j'espère. Bises

Posté par jolb56, 08 mars 2009 à 11:44

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