06 mai 2009
20 stratégies pour manipuler son enfant ...
Une déception que j'ai eue il y a quelques temps et que je tiens à partager.
J'ai lu Au Coeur des Emotions de l'Enfant, d'Isabelle Filiozat, et ce livre m'avait apporté des pistes en matière de respect de la nature humaine et d'accompagnement bienveillant de l'enfant. Malheureusement, j'ai découvert un article très énervant commis pour le magazine Psychologies.
Isabelle Filiozat y présente 20 astuces pour coacher les parents. Ces stratégies présentées sous la forme de raccourcis de théories de la communication non-violente et de l'écoute active, sont à mon goût malvenues.
A mon sens, l'éducation non-violente n'est pas un outil pratique mis à disposition des parents pour manipuler leurs enfants et les rendre vivables/fréquentables/bien élevés/dociles. Les théories de la communication non-violente doivent se contenter d'être un tremplin pour réfléchir au sens d'une parentalité qui laisse sa place d'être humain et de personne à part entière à l'enfant. Elle peuvent faire prendre conscience que chacun a le droit d'avoir des émotions, de les extérioriser, d'apprendre à mettre des mots dessus et d'être écouté. Oui, un enfant à bel et bien des goûts et des sentiments qui lui sont propres et qui doivent être respectés. Cela est bien loin des théories archi-autoritaires et rejetant tout respect du développement individuel de l'enfant véhiculées par des psychiatres ou psychologues tels A. Naouri ou M. Rufo (qui pense qu'un allaitement doit s'arrêter le plus vite possible après la naissance car les seins d'une femme sont les jouets de son mari ... les féministes adoreront !!!).
Les théories de la communication non-violente ne sont assurément pas parfaites, et je n'adhère pas entre autres aux méthodes qui consistent à offrir de faux choix aux enfants et visent en définitive à contourner l'opposition de l'enfant sans en avoir l'air ( "Tu veux te brosser les dents avec papa ou avec maman ? " à l'enfant qui refuse ordinairement de se brosser les dents dans l'espoir qu'il ne pense pas à dire non).
Un livre comme Au Coeur des Emotions de l'Enfant qui présente des cas concrets peut permettre à un parent en questionnement de se représenter de manière directe ce que peut être un rapport parent-enfant différent de ce qu'il a vécu et de ce qui est véhiculé largement dans la société. Cela permet de réfléchir à ce que veut dire communiquer, c'est à dire dire des choses clairement et écouter sans interpréter. Il peut être ensuite l'occasion de se poser ses propres questions, de ce dire qu'une parentalité différente est possible, de prendre du recul, du recul et encore du recul ... pour arriver enfin à se raprocher de son enfant, de faire le chemin jusqu'à lui et d'arriver enfin à se connecter avec lui ( ce terme me semble très parlant). Si on peut trouver le moyen d'accompagner son enfant en le prenant tel qu'il est, avec bienveillance et empathie, avec confiance et liberté, quel bonheur !
J'aurais donc préféré un article de fond qui dise : arrêtez de vouloir contrôler et dresser vos enfants, arrêtez de leur crier dessus, de les punir, de les frapper, de leur faire des réflexions humiliantes, de vous moquer d'eux, de leur parler comme à des sous-hommes, de leur donner sans cesse des ordres, de minimiser leurs émotions, leurs frustrations, de vouloir trouver sans cesse des solutions pour eux, de les vouloir parfaits et de n'écouter que ce qui vous arrange. Si vous voulez leur apprendre le sens du respect, de la responsabilité, de la coopération, de la liberté, de la tolérance, de la sincérité, de la douceur, de l'empathie, de la curiosité, de la compréhension et surtout de l'amour, montrez vous respectueux, responsables, enclins à la coopération, libres, tolérants, sincères, doux, empathiques, curieux, compréhensifs et donnez votre amour de manière inconditionnelle. Les primates, et donc les humains, sont des animaux sociables qui apprennent simplement par imitation, il suffit d'avoir confiance en eux.
Je m'attendais à ce que cette auteure ait une vision plus sincère de l'écoute et de l'autonomie de l'enfant, et qu'elle se montre vraiment du côté de l'enfant. A travers ces 20 stratégies, elle se positionne clairement du côté des parents en leur permettant par quelques astuces de se donner bonne conscience et de se dire qu'ils ont fait tous les efforts qu'ils pouvaient. (Le pire : consacrez dix minutes par jour à votre enfant, et si c'est trop, au moins deux minutes pour commencer !!! HORRRRRRRRIIIIIIIBLE !!!!!!!!)
C'est fort dommage, car elles ne sont vraiment pas nombreuses les voix qui s'élèvent en faveur d'un accompagnement non-violent des enfants.
Je recommanderais donc à la place pour les parents qui aiment réfléchir et remettre en cause leurs certitudes le livre de Jean Liedloff, Le Concept du Continuum. ( Je ferai bientôt un post sur ce livre qui m'a beaucoup apporté.)
30 août 2008
Ferme ta g...
...eule dit la dame à son enfant dans le train. Reste assis, tu bouges pas, crie-t-elle en mettant son poing devant le nez du garçon. L'enfant pleure et se tortille sur son fauteuil. Il aurait voulu s'asseoir à côté de sa mère, comme son frère. Il y a une place libre à côté de la dame -la banquette a trois places-, mais elle semble préférer avoir un enfant à côté d'elle et les deux autres en face. L'enfant pleure toujours. Tu me fais honte, tais-toi. Elle se lève, prend l'enfant par les épaules, le soulève et le jette dans son siège. La ferme, je t'interdis de pleurer, elle lui met une gifle. L'enfant est assis derrière moi, le bruit me fait sursauter. Je tourne la tête vers la dame en faisant "oohh!!" d'effroi. Mais elle ne fais pas attention à moi. Avocat du diable dit-elle à un autre enfant qui s'amuse à dire que son frère se tient mal. Me saoule pas et ferme ta gueule, et toi arrète de pleurer. L'orage passé, le troisième enfant dit une petite blague, la mère rit, les enfants se mettent à dire plein de bêtises, la mère rit beaucoup, chaque enfant essaie de faire rire sa mère plus que les autres. Puis soudain, quelque chose l'énerve. Ta gueule, tu me saoule, tais-toi, tu es méchant, tais-toi, je vais t'en mettre une, tu es encore pire que ton frère, ta gueule.
J'aurais voulu réagir, mais je n'ai pas su quoi faire à part sourire aux enfants. Je me suis sentie démunie et très triste pour les enfants et pour cette dame. On ne choisit pas ses parents ...
01 août 2008
Patience, tolérance, jugement et colère
Quand la patience n'est plus savoir garder son calme mais se résigner, ne plus arriver à tolérer mais devoir endurer, il est temps de prendre des vacances !
Marre de tous ces jugements que les gens me/se balancent à la figure, souvent sans se rendre compte de l'inintérêt et de la bêtise même du fait de juger. Que faire de ses phrases assénées qui ne cherchent ni la discussion, ni la polémique et qui ne sont pas même le signe d'une curiosité. Nous sommes tous différents et nos modes de fonctionneent, nos réactions, nos aspirations sont différentes. En sommes-nous plus mauvais ou plus bêtes ?
Alors moi qui essaie de discuter, qui essaie de me défaire d'une tendance à la froide critique, qui essaie de renoncer à juger les autres selon mes propres critères de référence (c'est duuuuuuuuuuuuurrrr duuuuuurrrr duuuuuuuuuuuuuuurrrrr d'arriver à renoncer à sa propre bêtise!), je sens parfois une sorte de colère étrange monter en moi devant le manque de délicatesse ou de tact de certains.
"T'as pas la télé ??!!??, mais t'aimerais l'avoir, hein ?", "Pépette dors ENCORE avec vous ??????!!!!!!!", "Non mais tu verras, ta fille elle voudra FORCEMENT avoir une console de jeux/un scooter/manger chez mac do", "Tu bosses pas, t'es à la maison ? Tranquille quoi !! (en me tournant le dos histoire de me faire comprendre que je n'ai forcément RIEN à raconter d'intéressant), "Tu veux pas venir voir Saw (film d'horreur où des sadiques torturent de pauvres gens à mort si j'ai bien compris), mais c'est forcément super bien comme film, tu loupes quelque chose (pauvre nulle !!!)", "Tu fais ça ? C'est bien/mal !".
C'est tellement humain de donner son avis en pensant qu'on a forcément la meilleure idée et qu'il est impossible que différents points de vue sur un même sujet puissent avoir égale valeur. On veut tellement le bonheur des autres en croyant qu'on en possède la recette. On serait tellement fiers si le monde entier se mettait à fonctionner parfaitement en se pliant à nos belles paroles et à notre logique personnelle que nous croyons inébranlable.
Cela me fait penser aussi aux conversations que les gens ont lors d'échanges entre deux pays autour d'un événement musical ou autre. Qu'est-ce qu'on aime raconter comment fonctionne la vie publique et politique CHEZ NOUS au lieu de se plonger dans la découverte de l'autre, sans tout ramener à soi.
Nos certitudes, bien que fruit de notre réflexion, nous font retomber plus bas dans la bêtise. Elles nous rendent souvent bornés. "Il y a des fuites dangereuses pour la population dans les centrales nucléaires, MAIS le nucléaire est 100% SUR!" Celui qui dit cela gardera sa position jusqu'au bout de la discution sans voir la contradiction de ce qu'il énonce.
Cependant, comment concilier des certitudes, nécessaires pour agir et aller vers ce que nous estimons être un progrès, avec la capacité d'absorber d'autres réflexions et donc de douter de nous-même ? Il est tellement dur de progresser dans le doute car la perte de confiance en nos propres capacités n'est jamais loin. C'est si rassurant de faire semblant de communiquer en restant bien au-dedans de soi, dans notre cocon rassurant de préjugés, et de rester satisfait de soi-même, et de mépriser son prochain (sans le lui dire ouvertement, car nous sommes bien policés).
Je vais essayer de réfléchir à tout cela pendant ma petite semaine de vacances au Portugal (pas très écolo d'aller si loin), chez des amis. Je vais essayer de laisser en chemin mon aigreur pour acquérir un peu de calme sagesse.
22 juin 2008
Petite victoire du jour ...
... sur moi-même !
Notre petite puce est tombée ce matin en marchant et c'est son papa qui l'a relevée en disant des phrases comme :"Tu ne t'es pas fait mal. C'est normal de tomber".
Cela faisait la troisième fois qu'il réagissait comme cela lors d'une chute de la petite, et deux fois déjà j'avais bouilli et déclaré : "Mais si, elle a quelque chose, elle a eu peur."
Et aujourd'hui, j'ai réussi à être un peu intelligente. J'ai réussi à parler gentiment, sans me sentir blessée ni bouleversée à l'intérieur. J'ai expliqué que je pensais qu'il était important de ne pas nier l'enfant et ses sentiments, et que visiblement notre fille n'avais pas eu mal car elle se rattrape bien en tombant, mais qu'elle avait eu peur. Tout en rassurant la puce (elle a réclamé un gros câlin), j'ai dit à mon mari qu'il n'apprécierait sûrement pas que je réagisse en lui disant que c'est normal, que ça va passer ou que ce n'est rien s'il lui arrivait de se faire mal. Il a reconnu que ce que je disais était intéressant. Je lui ai alors expliqué que je trouvais important que nous trouvions les moyens d'accueillir les émotions et les sentiments de nos enfants, que nous arrivions à les accompagner sans chercher à consoler. Pour moi, le but n'est pas de nier le ressenti de l'enfant ni de dire qu'on le comprend, car on ne peut jamais vraiment être à la place de l'autre, et d'une certaine manière, c'est un mensonge involontaire.
L'objectif est plutôt de respecter son enfant dans toute la gamme de ses réactions et émotions pour qu'il se sente en confiance, et par là même entouré et écouté. Je lui ai expliqué que c'est pour cela que je préférait réagir en disant quelque chose comme : "Je vois que tu as eu une grosse frayeur." ou " Je vois que tu es en colère et que tu es très contrariée." (Je sens parfois la puce très en colère de tomber à un moment où elle ne s'y attendait pas.)
Essayer d'apprendre à communiquer avec ses enfants, je m'en rend compte pleinement à cette occasion, c'est aussi et surtout apprendre à communiquer tout court, car dans une famille, il me semble important que tout le monde, adultes et enfants arrivent à parler le même langage pour se comprendre et vivre sereinement.
J'ai été très heureuse d'avoir pu mener cette conversation avec mon mari car je ne l'ai pas vexé, car je ne me suis pas sentie vexée et car il a accepté mon raisonnement et va sûrement appliquer mes suggestions à l'avenir. De ce fait je me sens plus zen, car je me rends compte une nouvelle fois combien les mots ont de pouvoirs bénéfiques quand on s'applique à les utiliser le plus justement possible et qu'ils m'ouvriront bien des portes encore si je fais l'effort nécessaire pour cela.