25 novembre 2008
Mon accouchement zen (2)
La salle de travail du fond est libre. Elle est grande mais n’a pas de baignoire. On m’y emmène en fauteuil roulant. Une aide-soignante rattachée à la maison de naissance nous a rejoints. Elle restera avec nous jusqu’à la fin de l’accouchement.
Arrivés dans la salle, je m’assieds d’abord sur un tabouret avec la tête posée au pied du « lit de torture » qui trône au milieu de la salle d’accouchement. Rien à voir avec les grands lits deux places des chambres du quatrième étage qu’on ne peut malheureusement pas utiliser car les décrets pour l’ouverture des maisons de naissance ne sont toujours pas signés. L’aide soignante arrive avec le ballon d’accouchement qui remplace le tabouret. Claire me propose de faire des mouvements du bassin pour me soulager un peu. Mon homme est à côté de moi. Claire se penche vers moi et me dit doucement « vououououououououou ». Je l’imite en soufflant. Cela me permet soudain d’arrêter de vouloir contenir la douleur. Le souffle me permet de l’accompagner et de trouver les moyens de me relaxer. Il y a un peu de temps entre chaque contraction. Je souffle en faisant doucement « vouou » lors des contractions et je sens le sommeil qui me gagne entre elles. Je me sens prête à sombrer dans de profonds rêves, comme enveloppée par l’endormissement, mais pas le temps de m’endormir car une contraction revient déjà. J’espère que quand la contraction sera finie, j’arriverai cette fois à tomber instantanément dans le sommeil car mes paupières sont lourdes et l’idée d’un somme qui me ferait oublier quelques temps les contractions me semble séduisante.
Soudain je me sens mal et je vomis. Les contractions puissantes ont secoué jusqu’à mon estomac. Mon homme pense soudain à sortir le brumisateur du sac, et là, quel bonheur de sentir les petites gouttes fraîches sur mon visage. Cet instant restera longtemps dans ma mémoire comme un instant de bien-être immense.
Claire s’éclipse un moment pour aller voir si elle peut obtenir une salle avec baignoire, ou au moins une avec douche pour que je puisse me relaxer dans de l’eau chaude.
Pendant ce temps, je me sens assez mal. La phase durant laquelle le sommeil me gagnait est passée, et je ne me sens bien dans aucune position. Les contractions sont très fortes. J’essaie de m’asseoir sur la table d’accouchement, puis de m’allonger sur le côté. Je me remets finalement assise. Je me sens un peu maladroite avec mon corps que je ne sais pas soulager un peu.
Sur le mur, juste en face de moi, il y a une grosse pendule. Je décide de ne surtout pas la regarder, de ne surtout pas savoir depuis combien de temps je suis là pour ne surtout pas me rendre compte si cela fait longtemps que ça a commencé. Je ne veux pas découvrir que cela fait cinq ou six heures que je suis là et qu’il va falloir que je vive encore le double ou le triple de ce que je viens de vivre. Je décide de me déconnecter, de vivre l’instant, de rester dans une sorte d’éternel présent pour ne surtout pas avoir l’impression de la stagnation ou du désespoir.
Je continue à accompagner les contractions avec le souffle. Mon mari est à côté de moi. Il me tient par le cou, par la main, par les épaules, joue du brumisateur.
Je vomis une nouvelle fois, et cela me soulage de nouveau un peu. Claire est revenue. On va pouvoir aller dans la chambre avec baignoire. Cette salle était occupée par une dame qui était là depuis 24 heures. Quand Claire est arrivée pour aider à son transfert, cette pauvre femme a découvert qu’elle aurait eu le droit d’utiliser la baignoire ou de se doucher. Personne ne le lui avait dit. Cela faisait 24 heures qu’elle n’avait pas osé bouger de la table de travail. Un grand bravo aux équipes médicales « classiques » !!!
En attendant, j’ai perdu les eaux, et cela me donne le sentiment optimiste que les choses évoluent doucement.
Je remonte sur mon petit fauteuil roulant, ce qui nous permet de faire le transfert en roulant vite, juste entre deux contractions.
On arrive dans la salle à baignoire. L’aide soignante fait couler un bain. Claire et mon homme m’aident à me déshabiller. En attendant que le bain soit coulé, Claire m’emmène m’asseoir sur les toilettes dans la salle de bain. Comme l’hôpital n’est pas encore équipé de sièges d’accouchement, ce sont les toilettes avec l’abattant relevé qui jouent le rôle d’ersatz. Les contractions sont rapprochées et puissantes, mes « vouououou » sont de plus en plus forts.
Je m’assieds enfin dans la baignoire ce qui m’apporte une léger mieux, un petit mieux-être passager. Je me sens mal à l’aise assise. Claire me propose de me mettre à genoux. Je m’accroche au cou de mon homme pendant que Claire me fait un peu de monitoring, histoire de mettre quelques enregistrements dans mon dossier pour ne pas faire trop de vagues. Au bout d’un moment, Claire me demande si la contraction que je viens d’avoir était particulière. Elle a dû le voir à mon visage ou à mon « vouou » plus fort ? En effet, j’ai senti que ça appuyait et tirait plus fort à l’intérieur. Je pense soudain à faire attention de bien rester décontractée pour vraiment relâcher mon périnée. Je me rends compte qu’au fur et à mesure des contractions, j’ai tendance à me crisper un peu. Brève remontée vers mon cerveau et hop, je replonge dans le « vououououou » qui ressemble maintenant plus à un énorme grognement d’ours. Je n’ai plus de pause entre les contractions. Je me remets un peu assise avec les jambes tendues, et là, misère !!, je me mets à faire de la tétanie dans les jambes. Je me rends compte que j’ai oublié de dire à Claire que ça m’arrivait parfois, et pourtant, elle m’en a posé des questions lors de nos entretiens !! Heureusement, il y a des amis qui sont arrivés dans la salle d’attente peu après que nous soyons arrivés à l’hôpital (cette première naissance dans le cercle d’amis de mon mari a attiré les foules). On envoie donc H. chercher un tube d’homéopathie à la pharmacie du coin. Pour ramener le tube, il descend par l’ascenceur qui arrive juste à côté de ma chambre. Il restera perturbé par le grognement terrible qu’il entend alors et me demandera à plusieurs reprise si j’ai entendu ce bruit impressionnant pendant que j’accouchais. « Mais H., je crois bien que c’est moi que tu as entendue. Ca faisait « VOUOUOUOUOUOUOUOUOUOURRRRRRGHGHGHGHGHGHGH ? Oui ? Alors c’est vraisemblablement mon grognement que tu as entendu, si si ! Mais rassure-toi, c’est beaucoup plus impressionnant de l’extérieur. »
Je suis toujours dans le bain avec mon ventre et mes jambes crispées non-stop. Je ne ressens plus d’intérêt à être dans cette baignoire. Claire me propose de retourner sur les toilettes pour aider le bébé à descendre. A ce moment, l’idée du bébé est le cadet de mes soucis. Je le sens qui appuie à l’intérieur de moi, mais il reste une idée. Claire m’a proposé de toucher la tête du bébé, mais la tétanie dans les jambes occupait trop de mes forces, et je ne me suis pas sentie l’énergie de le faire. Claire me laisse le temps de trouver la force en moi de sortir de la baignoire avec mes jambes toutes raides. Le fait de marcher fait enfin passer mes crampes.
Sur les toilettes, je tiens la main mon mari et celle de Claire. A chaque contraction qui monte, je sens que cela tire un peu plus à l’intérieur. Claire se rend compte instantanément quand une contraction m’a créé une sensation plus forte ou différente, j’ai l’impression qu’elle lit en moi.
Mon mari et elle m’encouragent gentiment. La tête du bébé appuie et tire à l’intérieur. Je suis une contraction géante !! Je me sens mal et me laisse bercer par ce mal-être, dans ma bulle. Je remonte à la surface juste le temps de penser au « lâcher-prise » dont Claire m’a si souvent parlé. Et hop, je recoule dans ma bulle de lâcher-prise. Je ne suis plus que sensations. Ces sensations finiront par s’arrêter, je le sais.
La tête du bébé commence à bien descendre. Claire propose d’aller sur la table pour essayer de changer un peu. Je m’y met d’abord à quatre pattes, puis je m’accroche au cou de mon mari et me trouve ainsi à genoux. La tête du bébé est tout prêt. Claire la montre à mon mari. Je me raccroche à son cou et il m’encourage en me disant que le bébé n’est plus très loin, qu’il l’a vu. Pendant ce temps là, Claire me masse le périnée avec de l’huile. Elle me demande soudain de souffler tout doucement, par petits à-coups. Je le fais, et je sens que cela ralentit la pression que les contractions exercent sur le bébé. Claire continue à me masser, et soudain, tout s’arrête, le calme est revenu. La tête passe, et je sens le corps du bébé qui glisse, comme un petit poulpe. Le bébé se retrouve posé entre mes genoux, tout calme, les yeux grand ouverts.
« Mon bébé ! »
Claire m’aide à m’allonger et à poser mon bébé sur moi. On dirait un bébé de deux jours dit l’aide-soignante. Rose est là. Elle cherche le sein. Claire est là pour m’aider. Il est 19 heures.
Mon mari prévient la planète entière par sms.
Moi je profite de la tétée pour observer Rose. Elle a son nez tout écrasé vers la gauche. Claire nous explique que c’est parce qu’elle a tourné sa tête au moment de descendre. C’est ce qui a ralenti l’accouchement d’ailleurs. Cela lui donne un air de petit lutin (gnome-gnome sera son premier petit surnom).
Rose tête maintenant mon sein gauche. Mon impression de maladresse est passée maintenant que Rose n’est plus toute glissante (Claire nous a enveloppées dans des serviettes).
Claire me palpe le ventre pour la sortie du placenta. Je grimasse, alors elle me dit de résister quand elle va toucher mon ventre. Et hop, le placenta sort, sans aucune douleur.
On le regarde avec intérêt. Claire fait faire les deux trois tests obligatoires à Rose sur le lit, juste à côté de mon ventre. Puis je la reprends sur moi. Mon mari est à côté de nous. C’est notre premier gros câlin familial.
Claire est partie se changer et s’occuper des papiers. Je chantonne pour Rose, je lui dis des mots de bienvenue.
Plus tard, Claire revient. L’aide-soignante m’aide à prendre une douche pendant que mon mari berce puis habille sa petite fille.
Je me rhabille dans ma super tenue et reprend ma petite contre moi. Une chambre est prête. Nous croisons les amis au détour d’un couloir (il est 21 heures passées, les visites sont interdites !).
Rose est dans mes bras, comme elle l’est d’ailleurs à cet instant, 16 mois après (en train de dormir pendant que j’écris).
27 août 2008
Mon accouchement zen (1)
Envie de partager mon accouchement, aboutissement de neuf mois de grossesse accompagnée par mon mari, par la maison de naissance de Pontoise, par Claire, la sage-femme la plus formidable de l'univers et par des amis qui se sont pressés dans la salle d'attente dès le début du travail.
Ce matin là, je me suis levée en disant que ce serait peut-être pour aujourd’hui, mais sans trop y croire, sans trop me rendre compte de ce qui se passerait quand ça serait le moment. Comme au cours des derniers jours, je ne me suis pas pressée pour profiter tranquillement des derniers jours d’attente. En pyjama, j’ai pris mon petit déjeuner avec mon homme. J’ai ensuite décidé de passer l’aspirateur, car depuis quelques temps, comme pour conjurer la crise de rangement frénétique de pré-accouchement dont tout le monde parle, je suis très consciencieuse en ce qui concerne le ménage et le rangement. Je commence à passer l’aspi, mais je me sens un peu bizarre. Il est dix heures, je me sens un peu faible. J’en fais part à mon homme et je m’allonge sur le canapé pour me reposer un peu. Ca va un peu mieux, mais l’impression d’être un peu faiblarde, comme en hypoglycémie, reste. Peu avant midi, je sors du canapé en me disant qu’il est temps d’être un peu efficace et active. Mais une fois debout, je commence à avoir mal dans le bas du ventre, comme un bon début de gastro ou comme au début de mes règles. Je me dis qu’une douche bien chaude me ferait du bien. En effet, la chaleur de l’eau sur mon ventre apaise la tension. Je reste accroupie au fond de la baignoire avec l’eau qui coule, car si mon ventre m'est moins pénible, je me sens de plus en plus flageolante. On prévient la sage-femme qui nous propose de nous retrouver à l’hôpital vers 14 heures, après le repas. Mais très vite la douleur revient, et plus forte, aussi prenante et sourde que lors de mes pires débuts de règles qui m'ont parfois menés au bord de l'évanouissement. Là, plus de doute, c’est bien l’accouchement qui commence. Je me sens tellement mal. Je m’assieds sur les toilettes dans l’espoir que la douleur va être adoucie par la position assise. Il est midi vingt. Mon homme téléphone à la sage-femme car je me sens trop sollicitée par la résistance à la douleur pour pouvoir faire l’effort de parler à qui que ce soit. Je ne m’exprime plus que par mots brefs. Claire va nous rejoindre le plus vite possible à l’hôpital. Mon homme charge la voiture pendant que j’essaie de trouver la force de me lever et de m’habiller. La douleur est quasi continue et je peine à enfiler une jupe en velours marron, une chemise d’homme bleue qui me sert de chemise de nuit depuis quelques jours. Pas de sous-vêtements, pas de chaussures. Je trouve juste assez de courage pour enfiler une paire de chaussons-ballerines rose fluo. Un look d’enfer !!! Pour aller jusqu’à la voiture à 50 mètres, c’est encore un gros effort pour attendre le moment juste. Je sens que je peux y aller. Je marche à fond de train, déjà une contraction revient. J’essaie de m’asseoir sur la banquette, mais c’est trop inconfortable. Je me positionne alors à genoux, la tête coincée entre deux appuie-tête. Vingt minutes à tenir jusqu’à l’hôpital, avec les chaos de la route, les accélérations et décélérations, les virages, autant de sources d’inconfort. Je me sens mal, mal, mal, j’ai mal, mal, mal, mais je m’accroche.
Arrivée devant les urgences maternité. Deux brancardiers et une aide-soignante sont dehors en train de discuter. Mon homme ouvre la porte de la voiture et c’est la panique : me voyant à genoux, ils croient que je vais accoucher sur le siège (j’apprendrai plus tard que la femme d’un des deux brancardiers a accouché la semaine précédente sur le chemin de l’hôpital dans la voiture et que ce monsieur en est resté traumatisé). La dame court chercher un fauteuil roulant dont je ne veux pas. Je suis déjà dans un état second. J’ai besoin d’agir pour avoir l’impression que tout va bien. Je marche comme un zombie vers l’entrée des urgences le plus vite possible. Mon Homme est avec moi. Claire n’est pas encore là (elle a 6 enfants à coacher avant son départ et un peu de route ). On m’installe dans une salle de pré-travail, une toute petite salle. Une sage-femme que je ne connais pas entre, me passe une ceinture élastique autour du ventre pour y fixer le monitoring, qu’elle lâche sur mon ventre sans ménagement juste à un pic de contraction. Je soulève le petit appareil en disant : « Juste deux secondes. » et le repose sur mon ventre doucement. La sage-femme me hurle alors : « Mais il faut bien qu’on sache si votre bébé va bien !!! » et sort de la pièce en claquant la porte. Si je n’avais pas été suivie à la maison de naissance, je serai repartie sur le champ de l'hôpital pour accoucher dans la rue plutôt qu’avec une personne aussi peu sympathique.
Mon homme a réussi à garer la voiture, il revient dans la salle. Une ou deux minutes après, c’est Claire qui entre. Son sourire plein de gentillesse, la douceur de ses traits, le calme et la confiance qu’ils m’ont toujours inspirés m’apportent instantanément une grande sérénité. Claire est là, tout va bien se passer, il ne peut pas en être autrement. Les contractions me semblent déjà un peu moins pénibles.
02 avril 2008
Crier, hurler ... et accouchement !!
En me promenant sur des forums de discussion sur la grossesse, j'ai constaté que certaines futures mamans avaient avant tout peur de crier pendant leur accouchement. Elle ont peur en criant de géner le personnel ou d'autres mamans qui accouchement ou ont tout simplement peur d'avoir honte.
J'ai été très surprise de découvrir que de futures mères puissent se poser une telle question, car jamais cela ne me serait venu à l'idée d'avoir peur de mal me comporter pendant mon accouchement, comme s'il y avait une étiquette, un code de l'accouchante pas chiante à respecter. Elles croient qu'elles vont commettre un sacrilège si elles n'arrivent pas à avoir une conduite exemplaire faite de mutisme et de maîtrise de soi pendant le travail. C'est tout de même incroyable que les professionnels qui accompagnent la grossesse de ces femmes ne soient pas capable de leur transmettre une autre image de l'accouchement et ne soient pas là pour répondre à ce genre d'angoisse.
Je n'ai pas eu ce problème car la sage-femme qui m'a suivie m'avait parlé très tôt de la nécessité du 'lâcher-prise', du nécessaire retour à l'animalité qui permettent de laisser le corps travailler à sa guise, sans blocage, sans tension. Le renfermement sur soi ne doit pas se situer au niveau conscient pour essayer de se concentrer et observer un mutisme parfait et serrer les dents !! Le retour sur soi doit être une libération : le but est de tout oublier autour pour ne pas avoir d'interférence entre ce qui se passe dans le corps et tout ce qui se passe autour.
Les but est de rentrer dans son monde pour laisser la nature faire. Et une fois qu'on est dans sa bulle, secouée par les montées et descentes des contractions, on ne se pose plus de questions. Un léger retour à la surface se fait quand à l'écoute de son corps on remonte vers la conscience pour se dire de penser à se décontracter, et hop, on retourne dans les vagues de contractions. Si des sons sortent de notre bouche, peu importe, c'est notre corps qui fait ce qu'il peut, qui fait ce dont il a besoin.
Et que cela fait du bien d'accompagner les contractions non en se bloquant, mais en essayant de relâcher tout son être en soufflant, en soufflant tellement que le souffle devient un "vououououououououououououou" long et puissant. Ce son qui vous remplit, vous gonfle de courage. Cet espèce de grognement d'ours qui vous accroche à l'existence, qui vous permet d'évacuer le trop plein, qui vous soulage.
Rien à voir avec un cri de détresse ou un cri de douleur. C'est un son du type du grognement que l'on peut émettre en essayant de pousser un meuble trop lourd ou un "cri" comme celui des tennisman qui tape dans la balle en hurlant 'hahan'!
Rien de honteux donc dans les bruits de l'accouchement, rien d'obligatoire non plus. Emettre des sons peut juste être une ressource que va chercher le corps dans l'effort. Pas besoin d'en avoir peur, pas besoin d'avoir peur de soi, c'est normal, c'est naturel !!!
(Mais tout de même, je m'interroge : d'où vient cette idée d'associer "cri" et accouchement, comme si accoucher équivalait à se coincer les doigts dans une porte ?)
22 mars 2008
Pour ou contre la péridurale ?
Mais à quoi cela sert de se poser la question diront certains ! Il faut vivre avec le progrès, et si le progrès nous permet d'éviter la souffrance, alors il n'y a pas à se poser de question !!
Pour moi, cela pose cependant deux questions : celle des préjugés sur les douleurs de l'enfantement dans notre société, sujet sur lequel je reviendrai ultérieurement, et celle de la péridurale en tant qu'anesthésie.
Les progrès de la médecine ont certes été étonnants au cours du 20ème siècle, mais à mon sens, une anesthésie reste un acte médical qui comporte des risques. Rappelons nous un ancien ministre de l'intérieur qui n'a survécu après une allergie à un anesthésiant que grâce à son statut de ministre qui lui a valu des soins particulièrement poussés de la part des médecins. Certes, la péridurale est une anesthésie locale, mais cela reste tout de même l'injection d'un produit chimique dans le corps, et il me semble, que c'est le genre de chose à éviter autant que faire se peut si l'on veut préserver sa santé au maximum. Rien que cela devrait faire hésiter à choisir la péridurale pour accoucher.
Je ne suis pas pour autant totalement contre le recours à la péridurale. C'est un moyen très efficace pour soulager une maman qui n'en peut plus car son accouchement trop difficile dure depuis trop longtemps ou une maman qui panique complètement et perd les pieds. Je suis tout à fait pour que la médecine vienne au secours de celles qui en ont besoin.
Ce contre quoi je suis, c'est la peur. La peur que certains personnels soignants essaient de transmettre aux mamans qui accouchent en leur prédisant des souffrances atroces, la peur des femmes enceintes de ne pas être capables d'accoucher "à l'ancienne", par méconnaissance le plus souvent. C'est la peur de la souffrance (c'est une TORTURE absolue d'accoucher pour TOUTES les femmes), la peur de crier, la peur de sentir la tête sortir, la peur de se sentir génée, la peur de ne pas être capable, la peur de faire des choses qui casseraient une image de femme parfaite ou que sais-je encore.
Si c'est la peur et la désinformation des femmes qui guide leur choix, alors je suis fondamentalement contre le recours à la péridurale.
21 mars 2008
Le massage du périnée ou pour en finir avec les épisiotomies
Le massage du périnée : voilà une expression barbare qui a fait rire bien du monde autour de moi pendant ma grossesse ! Encore un de mes trucs bizarres de nana qui tient vraiment à ne RIEN faire comme les autres. En plus, on se rend vite compte que les femmes sont génées de parler de cette partie de leur corps et que les hommes croient qu'il s'agit d'un jeu sexuel déguisé (ils déchantent vite) !! Depuis que tous ces amis et connaissances qui riaient tant sont tombés enceinte, ça ne fait plus rire personne, car leurs sages-femmes font de la pub pour cette pratique "étrange" et elles arrivent à tous les convaincre, même les plus "coincés".
Qu'est-ce que le périnée et pourquoi le masser ?
Le périnée est toute la partie de chairs et de muscles entre le vagin et l'anus. C'est cette partie du corps qui est mise à rude épreuve lors du passage de la tête du bébé. Afin de diminuer les risques de déchirures et surtout pour permettre une sortie plus facile du bébé, il est bon de masser cette partie du corps au cours des dernières semaines de grossesse. Le massage se fait avec de l'huile spéciale weleda par exemple ou avec de l'huile d'amande douce ou autre.
On peut faire le massage soi-même ou alors le faire faire par le futur papa qui se met ainsi un peu plus dans le bain de l'accouchement. Personnellement, j'ai trouvé plus intéressant de le faire faire par le futur papa car j'ai pu en profiter pour faire en même temps mes exercices de relaxation et de sophrologie. Cela m'a permis de me concentrer sur la découverte des sensations -pas forcément très agréables- et me préparer à vivre l'accouchement.
En préparant bien son périnée, le bébé sort beaucoup plus facilement sa tête sans qu'il y ait besoin de recourir à une épisiotomie. Le périnée étant bien souple, il est également moins traumatisé par la naissance.
Par ailleurs, le massage du périnée peut être pratiqué par la sage-femme (ou le futur papa dans des structures ou les sages-femmes n'ont pas le temps de faire ce genre de choses) au cours de l'accouchement, surtout si le bébé descend avec la tête un peu tournée et donc plus difficile à passer. (C'est ce que ma merveilleuse sage-femme a fait avec une immense patience afin de m'éviter une épisiotomie ou une déchirure et ce, avec un grand succès. Le bébé est juste sorti avec le nez un peu écrasé, ce qui s'est vite remis !)
Un petit test pour se rendre compte de l'efficacité qu'un tel massage peut avoir : poser sa main sur une feuille avec les doigts écartés au maximum et dessiner le contour de lamain au crayon. Se masser ensuite la peau entre le pouce et l'index pendant une minute avec de l'huile (même de l'huile d'olive si l'on a pas autre chose sous la main). Reposer ensuite sa main en écartant de nouveau les doigts au maximum sur l'emprunte déjà dessinée. La différence est normalement flagrante : l'écart entre le pouce et l'index est généralement considérablement grandi.
Dans la pratique :
Il faut trouver un moment calme et s'installer dans une position semi-allongée. Il faut introduire une partie de son pouce dans le vagin en appuyant vers l'arrière et masser en demi-cercle de droite à gauche en appuyant d'abord doucement pour s'habituer aux sensations. Ensuite, on peut continuer le même mouvement en s'arrêtant au quart, à la demi et à 45 (en considérant l'orifice du vagin comme une pendule) et en massant particulièrement ces endroits, en appuyant de plus en plus au fur et à mesure des jours.
On peut en même temps essayer de se détendre, comme il faudra essayer de le faire au moment de l'accouchement (autant tirer le maximum de ce massage qui est un peu un pensum).
Ce massage permet de découvrir la sensation de tiraillement que l'on ressent avec la descente du bébé dans le vagin, puis la sensation plus forte de tiraillement de l'entrée du vagin quand la tête est en train de passer vers l'extérieur. Cela permet aussi, lorsque l'on masse vers l'arrière en direction de l'anus, de découvrir cette sensation bizarre d'avoir envie de faire caca que l'on peut ressentir lors de l'accouchement. En effet, les pressions vers l'anus donnent l'illusion d'avoir envie de déféquer, et le jour de l'accouchement, on est bien incapable de se rendre compte si l'on fait caca en vrai ou non. La découverte de cette sensation permet de ne pas se faire de souci à ce sujet le jour j car on sait déjà que c'est quelque chose de normal lors d'un accouchement.
Si l'on essaie de bien se détendre lorsque les sensations sont un peu (ou très) désagréables, on se retrouve aussi moins dépourvue lors de l'accouchement et on a plus facilement le réflexe de se décontracter, ce qui joue un rôle important dans la rapidité de la sortie du bébé.
Très efficace, le massage du périnée est considéré dans d'autres pays plus progressistes en matière d'accouchement comme une pratique incontournable et courante. C'est en en parlant en France également que l'on finira par populariser ce geste tellement utile pour le bien-être des femmes.
14 mars 2008
J'ai comme l'impression que non ...
On a tous en tête l’image des accouchements au cinéma et à la télévision : les parents qui paniquent lorsque les contractions se déclenchent ou que la femme perd les eaux, des visages de femmes crispés, des femmes avec les pieds dans les étriers, des femmes qui crient, et qui crient notamment que c’est trop dur et qu’elles ne vont pas y arriver, des médecins qui disent de pousser, et aussi, une fois sur deux, le tout finit par une apothéose dramatique rendant un bel hommage à la science : la césarienne (on en profite pour nous montrer le joli coup de scalpel tout le long du bas-ventre histoire de traumatiser les âmes sensibles !).
De ce fait, on croit tous qu’un accouchement doit se passer comme cela, qu’il s’agit de l’unique procédure valable existant pour mettre un enfant au monde.
(On peut même trouver tout cela très rassurant, car avec la péridurale, on peut avoir la certitude qu’on ne va ni transpirer, ni « crier » : la garantie d’un accouchement bien lisse et propre, encore mieux qu’à la télé ! C’est beau le progrès !)
Cette normalité qui nous est transmise me semble cependant, après un instant de réflexion, peu normale ! Lors du déroulement de ces accouchements ‘modèles’, beaucoup d’éléments me paraissent étranges :
Personne n’a-t’il donc pris du temps pour discuter avec les parents et les informer sur la grossesse et l’accouchement pour qu’ils aient une telle peur panique de ce qui leur arrive ?
Personne ne leur a expliqué que plus on se crispe, plus on ressent fort la douleur et plus on bloque la descente du bébé ?
Personne parmi tout ce personnel médical surqualifié ne pense à utiliser la gravité pour aider à la descente du bébé et laisse la maman sur le dos?
Personne n’a dit à la future maman que le corps humain a des ressources surprenantes, qu’il possède tout ce qui est nécessaire pour mener à bien une ‘mise à bas’ et que la future maman n’a pas besoin de douter de ses capacités à mener son accouchement à terme ?
Est-il donc possible que la femme soit bête au point de ne pas sentir quand son bébé va enfin sortir de son ventre pour qu’on ait besoin de lui donner l’ordre de pousser?
A quoi cela sert-il de voir autant de monde s’agiter autour de toutes ces femmes qui accouchent sur grand écran si tout ce personnel médical n’est pas même capable de prévenir les complications qui peuvent mener à une césarienne ?
Comme ça passe à la télé, c’est que ça doit être la bonne méthode, que c’est normal, non ?
Et puis il y a toute cette publicité que font les journaux autour des accouchements de stars. Voyez parmi tant d’autres l’ex-chanteuse épicée, mère modèle très parfaite, icône de la mode ultra très parfaite, et ses accouchement programmés par césarienne dans une merveilleuse clinique ultra chic londonienne.
C’est vraiment l’idéal : programmation rime avec organisation parfaite dans un planning parfait de super maman-star et césarienne rime avec bon goût, car rien n’est plus ridiculisant, bestial, avilissant, répugnant et contraire au raffinement qu’un vagin dilaté qui se fait remarquer dans un cadre non érotique et glamour.
Comme on en parle dans les « journaux », c’est que c’est ce qu’il convient de faire, non ?
Comme ça coûte cher, c’est que ça doit être extraordinairement formidable, non ?
Et puis, il y a ce que vous dit votre gynécologue qui en a plus que marre de vous entendre poser des questions fatigantes au sujet de votre grossesse et de votre accouchement qui se rapproche : « Arrêtez de vous poser des questions, je m’occupe de tout ! »
Il est médecin, vous pouvez lui faire confiance, et en plus, il pratique des accouchements à la chaîne depuis des années, il a une expérience du tonnerre. Votre utérus et votre vagin se plieront sans problème à ses méthodes d’accouchement : vous respecterez les procédures qu’il a mises en place grâce aux anesthésiants, aux produits stimulant les contractions, à son scalpel… Vous accoucherez de telle sorte que votre médecin ne se fatigue pas trop, sur le dos les jambes bien écartées pour qu’il voie bien ce qui se passe, et au jour et à l’heure prévus, entre un match de tennis et une partie de bridge, afin de ne pas lui apporter de contrariétés.
C’est un métier tellement dur que celui de médecin, faites donc un effort pour lui faciliter la tâche ! N’allez pas demander que l’on fasse attention à vous et à votre corps !
On voudra bien s’occuper de votre bébé une fois qu’il sera sorti, mais ça c’est parce que vous seriez parfaitement incapable de vous occuper de lui ! Les mères et les pères sont des dangers pour leurs enfants, c’est bien connu ! (Votre médecin, s’il est conséquent, fait d’ailleurs comme notre cher président : il envoie ses enfants en pension en Suisse , afin de ne surtout pas influer sur leur développement émotionnel ou intellectuel).
Comme votre médecin, il sait ce qu’il fait, non ?
Comme c'est un homme de science, il a toujours raison, non ?
J’ai comme l’impression que non …
(C'est là que l'angoisse commence à monter !)